Allez le (s) BLEU (s) !

Il s’appelle YInMn, il a été découvert par hasard en 2009 et il fait depuis peu le bonheur des artistes en herbe. Cela faisait presque deux siècles qu’on attendait la naissance d’un nouveau pigment azuré.

Un beau jour de 2009, alors qu’il travaillait dans son labo sur un nouveau matériau électronique, Mas Subramanian, chimiste et professeur à l’Université d’état de l’Oregon, a eu une drôle de surprise. Avec trois composants respectivement de couleur blanche, jaune et noire, il s’attendait à ce que le résultat ressorte marron ou noir. Croyant à une erreur,  l’expérience a été renouvelée plusieurs fois et à chaque fois, c’est le même bleu qui s’exprimait !

Un événement, quand on sait qu’il n’existe qu’une poignée de pigments bleus. Les Egyptiens ont synthétisé le premier – le bleu égyptien – vers 2 600 avant J.-C., en utilisant du minerai de cuivre, de sable calcaire et de natron, un mélange de sels de sodium présent naturellement dans les zones désertiques. A partir du Moyen Age, on utilise en Occident le bleu outremer, un pigment naturel extrait du lapislazuli, pierre semi-précieuse importée d’Afghanistan. C’est ainsi qu’en 1802, le chimiste Louis Jacques Thénard obtient le bleu de cobalt, suivi en 1826 par le bleu outremer de synthèse, fabriqué par l’industriel Jean-Baptiste Guimet. Aucun autre pigment bleu n’avait été créé depuis !

Près de deux siècles plus tard, Mas Subramanian a baptisé son mélange de synthèse YInMn (prononcez « yinmin »), en référence aux symboles chimiques de ses trois composants. Le chercheur l’a breveté en découvrant que, dilué dans l’eau ou dans l’huile, il pouvait servir de couleur, avec des propriétés bien supérieures à celles des autres pigments de la même teinte.

« Les pigments de synthèse sont nettement plus stables que les naturels. Ils ne s’altèrent pas avec le temps. YInMn a le même éclat que le bleu outremer utilisé par Michel-Ange pour le plafond de la chapelle Sixtine, à Rome, mais il est extrêmement durable. Et il est plus vif que le bleu cobalt mais, contrairement à ce dernier, il n’est pas toxique et, surtout, c’est le premier à réfléchir la lumière ».

En revêtement de toit ou de voiture, il protège des rayons du soleil et permet donc de conserver la fraîcheur à l’intérieur. C’est pour cet usage que Shepherd Color, une entreprise américaine de peinture industrielle, commercialise à prix d’or (environ 1 000 dollars le kilo, soit 860 euros) le bleu YInMn, l’indium, l’un des composants, coûtant très cher.

Le pigment miraculeux peut également être utilisé à des fins artistiques, notamment pour la restauration d’oeuvres d’art, grâce à sa ressemblance avec le bleu outremer et son extrême stabilité. Derivan, une entreprise australienne, le vend depuis 2017 en peinture sous le nom de « bleu Oregon » et, depuis le début de l’année, on trouve en France cette nouvelle couleur, baptisée « Ebleuissante », dans les packs Crayola de 24 crayons de cire.

Aux Etats-Unis, Mas Subramanian s’est remis au travail, à la recherche d’un nouveau pigment. Rouge, cette fois, à la fois stable et non toxique, contrairement aux pigments existants.

Et en cette période de Coupe du Monde… soyons chauvins… Allez le (s) bleu(s) !

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